6 janvier – Épiphanie du Seigneur

Si j’étais Dieu…

Si j’étais Dieu et si, du haut du ciel, je contemplais l’humanité, la voyant si loin de moi et si perdue, oppressée sous la dure loi de la mort, que ferais-je ? Si j’entendais dans mon éternité tous les cris de souffrance des malheureux depuis le commencement jusqu’à la fin du monde, et si, entrant dans les secrets des cœurs, je pénétrais les noirs desseins des hommes, ne frémirais-je pas d’horreur et ne serais-je pas résolu à agir ?

Sans doute, il me serait facile sous le coup de la colère de détruire par le souffle de ma bouche tous les méchants, mais ne devrais-je pas alors détruire toute l’humanité, car où pourrais-je trouver un homme entièrement juste ? Or, je ne puis me résoudre à détruire l’œuvre de mon amour, même ces pécheurs que je continue à aimer parce que je les ai créés pour la vie et qu’ils sont mes enfants.

Sans doute, pourrais-je envoyer quelques myriades d’anges supprimer toute souffrance et toute mort et créer un nouveau paradis terrestre ? Mais je sais aussi que l’homme retomberait dans la même désobéissance et deviendrait même pire qu’avant, orgueilleux et sans pitié pour ses semblables comme cela est arrivé chaque fois que l’homme a voulu créer le paradis sur la terre par ses propres forces. Non, ce que je veux, c’est le cœur de l’homme, ce cœur compliqué et malade que moi seul connais et puis guérir. Mais comment toucher ce cœur qui ne veut plus de moi ?

Peut-être faudrait-il que je devienne moi-même un homme comme eux, un des leurs, que je prenne un corps d’homme, un cœur d’homme, pour vivre avec eux leurs souffrances et leurs joies, acceptant même d’être rejeté par eux (car ils me rejetteront, je le sais bien) ? Alors je pourrais l’emporter sur leur folie, car en mourant de leurs mains, je les délivrerais de la mort, et en portant leur péché dans mon corps, je leur offrirais mon pardon. En me voyant ressuscité, ils comprendraient que ma Vie est plus forte que leur mort, que mon amour est plus puissant que leur mal, et ils croiraient en moi.

Mais comment devenir vraiment homme ? Où trouver une femme qui consente à m’accueillir en son sein en se donnant tout entière ? Ne dois-je pas d’abord commencer par me révéler au moins à un homme pour lui dire que j’existe et que je m’intéresse à lui ? Non seulement à lui mais à ses descendants, à tout un peuple à qui j’apprendrais à croire en moi pour vivre, et aussi à être fort contre moi, par son péché, comme moi je suis fort contre lui par mon amour, un peuple que j’appellerais Israël.

Et puis au bout de très longtemps, surgirait la fine fleur de la race d’Israël, la vierge de Sion, et son nom serait Marie : mon ange lui porterait ma Parole, humble servante elle consentirait, et pour la première fois depuis mon éternité, moi, la Parole éternelle, j’habiterai dans le sein d’une femme, entièrement dépendant d’elle, de sa chaleur et de son amour. Elle me porterait pendant neuf mois et me mettrait au monde, sans doute dans un endroit pauvre, car je ne veux pas être privilégié, ce n’est pas mon style. Il faudrait aussi qu’il y ait des animaux, un bœuf et un âne par exemple, car je les ai créés pour être de bons compagnons pour l’homme. Mais surtout, je voudrais, en ouvrant les yeux pour la première fois, voir ces hommes que j’aime tant et que je viens sauver : ce pourrait être des hommes simples, des bergers par exemple, capables de comprendre la simplicité (il faudra penser à envoyer des anges pour les prévenir). Alors, en  voyant ces hommes me visiter, et tous ceux qui viendront après eux, je ferais mon premier sourire d’homme, et ma joie serait complète. Alors, ce sera Noël sur la terre !

Père Antoine Vidalin