Dimanche 10 février – 5e dimanche du temps ordinaire

Halte au cléricalisme !

Dans sa lettre au peuple de Dieu suite aux scandales de pédophilie qui meurtrissent l’Eglise, le pape François pose un discernement spirituel en identifiant à la racine de ces maux un cléricalisme latent. Ce dernier est défini par lui comme « une manière déviante de concevoir l’autorité dans l’Eglise ». Si cette déviation ne conduit pas nécessairement à des abus sexuels, elle entraîne toujours néanmoins des « abus de pouvoir et de conscience » et ainsi « aide à perpétuer les maux que nous dénonçons aujourd’hui ».

Plus encore, le cléricalisme constitue une véritable erreur théologique, dès lors qu’il « diminue et sous-évalue la grâce baptismale que l’Esprit Saint a placée dans le cœur du peuple de Dieu ». Il conduit à une division dans le corps ecclésial entre les clercs et les non-clercs mettant en péril l’unité de l’Eglise dans le Christ.

Le pape nous appelle ainsi à une « conversion de l’agir ecclésial », personnelle et communautaire. Car le cléricalisme est une tentation pour les prêtres comme pour les laïcs : pour les prêtres, en transformant leur autorité spirituelle en pouvoir sur les âmes; pour les laïcs, soit en s’appropriant leur responsabilité dans l’Eglise et en en faisant un lieu de pouvoir, soit en demeurant dans une servitude volontaire à l’égard de l’autorité du prêtre. Ce qui est oublié dans cette double tentation, c’est le sacerdoce commun des fidèles qui, par la grâce de leur baptême, sont prêtres, prophètes et rois. Le sacerdoce des prêtres est quant à lui au service de ce sacerdoce des baptisés, appelés à offrir leur vie dans l’eucharistie pour le salut du monde, à témoigner de l’Evangile et à agir en chrétiens au cœur du monde.

Cette mission des baptisés suscite et exige la liberté donnée par l’Esprit Saint. Si les prêtres ont à nourrir le Peuple de Dieu de la Parole et des sacrements, ils ne peuvent se substituer à l’Esprit Saint. Certes il est facile pour un prêtre de vouloir, au nom du bien, dire aux personnes ce qu’elles doivent faire, et il est tentant pour un fidèle d’abdiquer sa liberté, parfois lourde à porter.

Pourtant ce n’est pas ainsi que Dieu agit avec l’homme. Nous l’entendons dans les lectures de ce dimanche : en demandant « Qui enverrai-je ? », Dieu suscite la réponse libre d’Isaïe : « Me voici ! Envoie-moi ! » En affirmant « Ne crains pas ! Désormais, ce sont des hommes que tu prendras », Jésus ouvre à Pierre l’espace d’une réponse libre : « Laissant tout, ils le suivirent ».

C’est pour que nous soyons libres que le Christ nous a libérés ! (cf. Gal 5, 1) Ne retournons pas à notre ancienne servitude !

Père Antoine Vidalin, vicaire