Elle est apparue en pleurs. Elle, le trône de la Béatitude, nimbée de feu, vêtue de soleil, couronnée d’étoiles, est assise, prostrée, accablée. En deuil.  Comme Rachel qui « pleure ses fils, car ils ne sont plus. » (Jr 31, 15) 

L’enfant qui la voit, ce 19 septembre 1846,  Mélanie,  dira plus tard, prophétiquement : « L’Eglise aura une crise affreuse ». Une partie du clergé se comporte en « cloaque d’impureté », affirme la Belle Dame sur la montagne de La Salette.

Elle pleure. Sa Douleur est l’écho de la Colère : « Celui qui est un scandale, une occasion de chute, pour un seul de ces petits qui croient en moi, mieux vaudrait pour lui qu’on lui attache au cou une de ces meules que tournent les ânes, et qu’on le jette à la mer. » (Mc 9, 42) 

Le crime appelle d’un côté le châtiment, de l’autre la pénitence, la repentance, la conversion, la rédemption. La prière des humbles supplie pour les victimes et pour les coupables. Tous nous sommes fragiles, faillibles.  « Toutes nos justices ont des tâches »  (Sainte Thérèse de Lisieux). Nous ne pouvons oser prier  qu’en étant appuyés sur la foi en  Dieu qui,  « à tous, fait miséricorde.» (Rm 11, 32)

C’est donc humblement que nous regardons en face une réalité effrayante et contrastée. D’un côté tant de souffrances destructrices scandaleusement infligées, longtemps enfouies ou soigneusement dissimulées. De l’autre, l’acte courageux de faire la vérité, d’en assumer les conséquences. Quitte à envisager un grand dénuement, le passage par un creuset cuisant et purificateur.

Nous ne perdons pas courage. L’Esprit du Seigneur continue d’inspirer et d’animer aujourd’hui comme il y a soixante-dix ans  tant de croyants, de prêtres, de consacré(e)s en service humble et fidèle. Le choc des révélations peut conduire à une conversion renouvelée et plus ardente du cœur et des attitudes.

Je vous invite à une «  messe de réparation » le jeudi 21 octobre à 19h30. Elle sera prolongée par la veillée d’adoration du Saint-Sacrement dédiée ce soir-là à la prière pour les victimes des crimes de pédophilie et pour leurs agresseurs.  Nous demanderons la grâce du Seigneur pour transformer l’épreuve en puissance de relèvement. Nous demanderons la grâce du Seigneur  afin que notre engagement spirituel soit porté par l’Esprit Saint et conforme à l’Evangile.

P. O’Mahony, curé