CE VOISIN, MON FRÈRE.

Vous voilà bien installés. Il se pourrait même que, comme bon nombre de paroissiens, vous soyez toujours assis au même endroit, ou en tout cas toujours dans la même partie de l’Église. Il faut dire que cela fait quand même un bout de temps que dimanche après dimanche, vous venez à la messe à Saint Jean-Baptiste de la Salle. Vous avez fini par voir ce qui vous convenait comme horaire, habitude et lieu, au risque éventuel de vous installer dans « votre petite messe personnelle », avec ce désir de vivre une relation exclusivement verticale : moi avec Dieu. « Je ne veux que Berlioz et moi » dirait Louis de Funès. Et que surtout personne ne vienne me déranger !

Mais vivre sa messe ainsi, c’est passer à côté de la messe, où nous demandons lors de la prière Eucharistique : « quand nous serons nourris de son corps et de son sang et remplis de l’Esprit Saint, accorde-nous d’être un seul corps et un seul esprit dans le Christ ». Notre foi est comme la Croix : elle possède une dimension verticale : moi vers Dieu ; mais aussi une dimension horizontale : moi vers les autres. C’est ce que Saint Jacques, dans la 2e lecture de ce dimanche, veut nous faire comprendre, lorsqu’il invite les chrétiens à mettre en œuvre leur foi.

Il est vrai que pendant plus d’un an, il nous a été dit que l’autre était un danger ou que nous étions nous-même un danger pour l’autre (et cela n’est pas fini, certains sujets continuant à diviser notre cher pays). Et lorsque le Christ pose cette question : « Pour vous qui suis-je ? », c’est aussi la question que pose votre voisin : « Pour toi, qui suis-je ? » : un inconnu ? un intrus ? ou un frère à aimer et à découvrir ? C’est à travers cette fraternité que nous formons le corps du Christ, que nous devenons frère du Christ. « Nous sommes le Corps du Christ et chacun de nous est un membre de ce corps » (1 Co 12, 27). La fraternité c’est ce lieu où je peux rencontrer concrètement le Christ dans nos frères en partageant notre foi, en nous aidant les uns les autres à « grandir dans l’amour du Christ », en portant dans notre prière leurs joies, leurs peines. Comprenons bien : sans cette fraternité, voulue, vécue, entretenue, il n’y a pas d’Église. Et chacun de ces mots est important : voulue, vécue et entretenue. Voulu parce que j’en ai compris l’aspect indispensable. Vécue, car elle est à mettre en œuvre, à créer, à générer. Entretenue, car elle est à faire grandir sans cesse pour ne pas s’enliser dans un entre-soi mortifère.

Bien souvent nous sommes de parfaits inconnus les uns pour les autres, nous pouvons passer une année entière sur le même banc sans nous adresser la parole. Il serait beau que chaque paroissien, je dis bien « chaque paroissien », du plus petit au plus grand, qu’il soit célibataire ou marié, qu’il soit étudiant ou retraité, ait à cœur de développer cette fraternité. Et alors, ce voisin de messe deviendra mon frère de messe.

         Abbé Bruno de Mas Latrie, vicaire