« LA TERRE TOURNE MAIS LA CROIX DEMEURE »

En ce dimanche soir, une catéchumène adolescente, Camille, est baptisée à la paroisse. Grande joie pour toute la communauté d’accueillir un nouvel enfant de Dieu. Grande joie pour toute la communauté de voir Camille entrer dans la vie éternelle, en étant plongée dans la mort et la Résurrection du Christ. Mais cette joie sera encore plus profonde si chacun de nous profite de ce baptême pour se rappeler le sien et se poser cette question, que posait Jean-Paul II à la France, fille aînée de l’Église : « qu’as-tu fait de ton baptême ? ». Et la première chose à faire est de remettre la Croix au centre de notre vie, ce que nous serons invités à faire lundi, avec la fête de la « Croix Glorieuse », qui célèbre le jour où une relique de la Croix, découverte par Sainte Hélène en 335, fut présentée à l’adoration des fidèles. Mais comment exalter la Croix ? Comment un signe de mort peut-il être glorieux ?

L’évangile de ce dimanche nous rappelle que nous avons une dette immense vis-à-vis de Dieu. Dette qu’aucun d’entre nous n’est capable de rembourser, aussi parfait soit-il. Cette dette, c’est la dette du péché, aussi petit soit-il. Mais justement, comme nous le rappelle un magnifique cantique : « sur le bois est clouée notre dette ». Par la Croix Glorieuse, le péché est vaincu, la miséricorde de Dieu est donnée. Par la Croix, nous sommes déjà sauvés, et nous pouvons vivre et mourir pour le Seigneur, comme nous le rappelle saint Paul en ce dimanche (Rm 14, 7-9).

Puis, il nous faut – et la période que nous traversons nous y invite encore plus largement – comprendre que vénérer la Croix, c’est rappeler qu’elle est glorieuse parce qu’en elle la mort est vaincue par la vie, depuis l’an 33 de notre ère. Le chrétien sait que la mort n’est qu’un passage de la vie à la Vie. Nous sommes invités à contempler la Croix, non comme un lieu de souffrance, mais comme une source de vie. Par la foi, nous découvrons l’étonnante « vie qui surgit de cet arbre qui donnait la mort. »

Enfin, fêter la Croix Glorieuse, c’est saisir que l’essentiel d’une vie, n’est pas de réussir, de s’épanouir, de faire carrière, d’avoir la santé, de survivre, mais d’aimer et d’être aimé. Si l’essentiel est vraiment là où Jésus meurt : en Croix… suis-je prêt à vivre cet essentiel, à témoigner de cet essentiel : donner ma vie, m’en dessaisir pour les autres, sans avoir peur de l’autre. La Croix glorieuse nous rappelle que le chrétien a pour mission de transmettre au monde un message d’espérance.

« Ô Croix mon refuge, ô Croix mon chemin et ma force, ô Croix étendard imprenable, ô Croix arme invincible. La Croix repousse tout mal, la Croix met les ténèbres en fuite ; par cette Croix je parcourrai le chemin qui mène à Dieu » (saint Odilon en la fête de la croix glorieuse du Christ).

Père Bruno de Mas Latrie