Dimanche 14 avril – Dimanche des Rameaux et de la Passion

TOUS CONCERNÉS

15 juillet 2018. Pour la deuxième fois en vingt ans,  « les bleus » sont étoilés. La France entière jubile et communie dans la même  fierté. Tous sont transportés par l’exploit de quelques-uns: « Si un membre est à l’honneur, tous partagent sa joie » (1Co 12,26) L’honneur des uns allume l’enthousiasme en tous.

13 novembre 2015. Tuerie au Bataclan. Sidérée, la France entière s’afflige. Tous communient dans un réflexe d’unité et de recueillement. « Si un seul membre souffre, tous les membres partagent sa souffrance » (1Co 12,26). La souffrance des uns appelle le soin de la part de tous.

Nous sommes tous reliés, comme les membres d’un corps. La force du lien est plus ou moins ressentie selon sa nature et l’échelle du corps auquel il rattache. Le lien familial est plus ressenti que le lien sociétal. Le lien local est plus serré que le lien européen. Le lien spirituel, absolument fondamental, est curieusement le plus inaperçu.

Ce que nous vérifions au plan de l’expérience humaine commune provient de bien plus loin, de bien plus haut : « Ce qui est visible provient de ce qui est invisible » (He 11,3). Le principe de cette « reliance » globale est en Dieu, créateur. Elle s’exprime au plus haut point dans l’Eglise. Portion d’humanité tirée de la dispersion du péché, celle-ci est constituée comme un rassemblement, une « communion » restaurée. Comme des perles reliées en collier, le lien de l’Esprit Saint attache les uns aux autres les baptisés. « Vous êtes corps du Christ et, chacun pour votre part, vous êtes membres de ce corps. » (1Co 12,27) Si le lien se rompt, tout le collier risque de se défaire. Il faut alors réagir et « renouer le fil ».

Deux forces sont à l’œuvre dans la communauté humaine. Une force d’unité : l’amour. Une force de dispersion : le péché. Ce que l’amour agrège, le péché le désagrège. Les deux forces sont à l’œuvre dans l’Eglise. Dans mon cœur. Le fil unifiant de l’amour vient-il à se rompre, toutes les perles du collier sont malgré elles entraînées vers la chute et la dispersion. Il faut vite réagir : saisir le fil en son point de rupture et y faire un nœud. Le contact de perle à perle retrouvé, le collier est restauré. La rupture du fil n’est pas imputable aux perles, mais elles en sont toutes affectées. Toutes concernées.

Peuvent-elles laisser le fil rompu ? Peuvent-elles se dire : « Nous sommes perles et non pas fil. Laissons le fil à lui-même. Qu’il se refasse seul ». Alors le collier en tant que tel n’existera plus.

Passons de la métaphore à la réalité : le lien de communion. Personne n’est que fil ou que perle. Qui pèche, qui rompt le fil? Chacun, à sa petite ou grande mesure. « Tous nous avons péché » (Dn 3,29), fragilisant la cohésion de l’ensemble. Les petites fissures non traitées provoquent l’écroulement des remparts. Oui, les crimes scandaleux imputables à quelques-uns n’ont pas la même mesure que les « péchés mignons » du plus grand nombre. Ces crimes doivent être sévèrement sanctionnés. Mais leur étendue provoque chez les pécheurs « ordinaires » la prise de conscience d’un mal diffus et ravageur duquel ils ne sont pas étrangers. L’onde de choc ainsi provoquée appelle un choc en retour : onde de compassion et onde de conversion. Nous sommes tous affectés. Tous concernés. Tous convoqués à un ressaisissement global, à une transformation et une purification générale.

Père Patrick O’Mahony, curé