15 octobre – 28e dimanche du temps ordinaire

Les chaises vides

À ces noces royales, des invités ne viennent pas. Des affaires plus importantes : chasse, pêche, match, gym’. Les impératifs du commerce et les urgences de la finance. Les vacances, les voyages, le shopping. Autour de la table, des chaises vides : présences connues et appelées d’avance, désirées, attendues, dont la place réservée est désertée.

Ce vide est le signe de l’inconséquence, de la légèreté, de la superficialité des absents qui prennent des vessies pour des lanternes, confondent l’accessoire et l’essentiel, ne tiennent compte que d’eux-mêmes. Leur chaise est moins vide qu’eux. Un vide intérieur en gravitation autour de lui-même : folie centrifuge. L’invitation en est la révélation.

Ces invités absents sont une part de nous-mêmes. Attachés à de multiples choses très relatives que nous élevons au rang d’absolu, nos vies se dispersent, s’émiettent et se désagrègent à la poursuite du vent. Nous ne voyons plus ce qui compte vraiment, ni même notre dignité et notre rang : invités par le Roi à Sa table ! En nous absentant de Sa présence, nous nous absentons de nous-mêmes et des autres. Gênés alors par une sensation de vide dès que le tourbillon ralentit,  nous la compensons sans fin par ce qui ne remplit pas. Vertige exprimé par le prophète Aggée : « Vous semez beaucoup, et vous recueillez peu.  Vous mangez, et vous n’êtes pas rassasiés. Vous buvez, et vous n’êtes pas désaltérés. Vous êtes vêtus, et vous n’avez pas chaud. Votre salaire tombe dans un sac percé. »

Faisons de ce vide notre chance ! Que ce creux au cœur nous réveille! Stop au vide ! Faisons le plein ! Notre consistance, notre plénitude est dans le lien. Le lien avec ce Roi qui nous invite. En nous invitant, Il nous manifeste notre grandeur, notre densité, notre vérité profonde. Il nous en fait le don. Un don qui « plénifie ». En L’approchant, Lui, en étant auprès de Lui, nous revenons à nous-mêmes. Nous habitons notre vie, le monde,  et nous retrouvons les autres. Graviter autour de Lui, c’est trouver notre centre. L’invitation en est la révélation.

Tu m’invites à Toi, Seigneur ? Me voici. Je viens.

 

 Père Patrick O’Mahony, vicaire