33e dimanche du temps ordinaire

Le sacrement du pauvre

Pourquoi célébrer la Journée Mondiale des Pauvres en ce 33 ème dimanche de l’année liturgique, ainsi que le pape y encourage les diocèses du monde entier ? Serait-ce pour nous désoler de tant de pauvretés encore présentes dans notre monde ? Ou au contraire, pour nous satisfaire des activités caritatives que nous parvenons plus ou moins à organiser ? Ni l’un, ni l’autre ! Et si tout simplement, il s’agissait de nous réjouir de la présence des pauvres et des petits parmi nous… de les accueillir comme des dons que le Seigneur lui-même nous fait, car en les accueillant, c’est Lui-même que nous accueillons. Saint Vincent de Paul disait que les pauvres sont nos seigneurs et nos maîtres : nos seigneurs car nous apprenons d’eux le sens vrai du service, nos maîtres car ils nous apprennent à être pauvres nous-mêmes, ou plus exactement à reconnaître et accepter notre pauvreté radicale devant Dieu. Jean Vannier parlait du « sacrement du pauvre » pour dire le don spirituel que les pauvres sont pour le monde d’aujourd’hui. La formule est théologiquement juste puisqu’en leur corps et leur âme souffrants, c’est le Christ pauvre qui se donne à toucher, à servir et à aimer, et qui ainsi se laisse rencontrer (cf. Mt 25).

Cette attention positive à la présence des pauvres, pas seulement pour les secourir, mais pour recevoir ce qu’ils ont à donner dans une communion fraternelle, constitue un signe des temps. Beaucoup d’initiatives dans l’Eglise cherchent à vivre cette intuition spirituelle : communautés de l’Arche, A Bras Ouvert, Association pour l’amitié, aux Captifs la libération etc.… Elles témoignent d’une fraternité possible, nécessaire et vivifiante, au milieu d’un monde dur où le culte de l’efficacité isole les individus les uns des autres et exclut les plus faibles d’entre eux. Même si notre société est capable de subvenir efficacement aux besoins primaires (nourriture et logement), elle se révèle tragiquement incapable de reconstruire le lien social. Seule la fraternité le peut et c’est là sans doute l’appel de Dieu pour l’Église, en ces temps d’individualisme de masse où chacun se découvre finalement si seul et si pauvre. Notre paroisse est engagée sur ce chemin à travers ses nombreuses initiatives. Il ne s’agit pas de vouloir faire plus, mais toujours mieux en plaçant les plus petits, comme nous le faisons ce dimanche, au cœur de notre communauté, afin d’avoir part avec eux à la joie du Royaume.

Père Antoine Vidalin, vicaire