De l’Avent et du germe

L’évangile de ce dimanche ne pointe pas, à proprement parler, sur la fin du monde – qui sera, il faut le rappeler, une pure instauration divine, instantanée, sans antécédent temporel – puisque cette venue du Fils de l’homme prend par surprise l’une ou l’autre personne d’une dyade, dans ses activités quotidiennes, banales. Cette venue discrimine : le ministère du Christ n’est pas celui de l’égalité ! Inextinguible et indépassable lumière du monde, il nous arrache à la doxa, à la pensée en cours.

Cette lumière, par effet de contraste, permet de distinguer deux choses, deux êtres et de les sortir de la confusion, de l’indifférencié. Ce qui signifie essentiellement, pour nous, un passage de cette vie (bios) à la Vie (la vie en soi, la vie éternelle, zoé en grec). La vigilance que demande le Seigneur y est ordonnée : il s’agit d’attendre dans la patience, tout en faisant effort pour prendre de la hauteur, pour décoïncider  de notre vie au ras des pâquerettes. Encore faut-il avoir conscience de ce possible enlisement dans la facticité de ce monde afin de ne plus prendre le Seigneur pour un voleur, faisant effraction là où l’on demeure, là où l’on se croit si niaisement maître de la porte et des échanges.’évangile de ce dimanche ne pointe pas, à proprement parler, sur la fin du monde – qui sera, il faut le rappeler, une pure instauration divine, instantanée, sans antécédent temporel – puisque cette venue du Fils de l’homme prend par surprise l’une ou l’autre personne d’une dyade, dans ses activités quotidiennes, banales. Cette venue discrimine : le ministère du Christ n’est pas celui de l’égalité ! Inextinguible et indépassable lumière du monde, il nous arrache à la doxa, à la pensée en cours.

De nuit, dans l’inconscience ou les rêveries vaines, le vrai voleur vide la maison – nous-même – de ses biens les plus précieux, de ce qui y a été semé dès l’appel à l’existence (cf. La parabole du semeur, Mt 13, 1-23). L’Avent, comme pour Marie, devrait nous faire méditer sur ces germes de sens. Le grand poète Novalis l’exprimait ainsi, admirablement : « Comment un homme peut-il avoir du sens pour quelque chose s’il n’en a pas le germe en lui ? » Il n’y a rien à aller chercher à l’extérieur sauf à accueillir ce qui nourrira ce germe, sans faire la fine bouche sur ces nourritures, quelles qu’elles soient, car « tout est grâce ».

Ainsi, Jésus nous demande de spiritualiser notre vie pour, justement, faire émerger les formes uniques appelées à se déployer à partir de ce qui est le plus caché, de l’ordre du germe, du grain évangélique. Thérèse de l’Enfant-Jésus disait d’elle-même, trois mois avant sa mort : « Je suis une petite graine, on ne sait pas encore ce qui en sortira… » (CJ 7 19,1) Nous qui avons vu, nous n’avons pas été déçus !

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                    Père Jean Claude Hanus