DU VIN DIVIN

Maurice Denis
Mère et enfant sous la vigne

Quand Jésus déclare qu’il est la vraie vigne et que nous sommes greffés sur elle, nous nous souvenons de ce mot de Kant : « Dans un bois aussi courbe que celui dont est fait l’homme, on ne peut rien tailler de tout à fait droit ». À première vue ce bois tordu et noueux si caractéristique de la vigne nous représente bien. Analogiquement le Christ voit son corps mystique ainsi. L’œuvre de Dieu ne consiste donc pas à nous tailler pour nous rendre droits ! Si nous le pensions nous faisions erreur et prenions Dieu pour notre surmoi.

Zone de Texte: Maurice Denis
Mère et enfant sous la vigne.
Il faut un nombre considérable d’images pour « cerner » le Christ, notre Royaume. Celle de la vigne est de toute beauté par sa structure, par le fruit en grappe qu’elle donne, par le travail de l’homme qu’elle nécessite et par sa finalité : produire du vin qui deviendra le sang même de Dieu. La vigne n’est donc pas l’aboutissement d’un processus végétal hasardeux : elle a été voulue de toute éternité pour être ordonnée au Christ, au Fils. En France nous avons cette chance de servir, à notre insu bien souvent mais plus que partout ailleurs, ce dessein. Goûter du vin c’est goûter un aspect particulier de l’amour de Dieu, réhaussé – n’hésitons pas à le dire – par l’amour des hommes qui magnifient le don de la vigne en la reconduisant, non sans ivresse parfois, vers son créateur. Et celui-ci le leur rend bien en se donnant totalement dans le vin consacré, à chaque eucharistie.

Si donc le désir de Dieu n’est pas de nous rendre droits mais de nous tailler pour que nous portions toujours plus de fruit, du vin, lui-même in fine, alors ne protestons pas trop quand le Père émonde sa vigne. Car cette purification de chaque sarment touche son Fils en premier lieu : « Jésus sera en agonie jusqu’à la fin du monde. Il ne faut pas dormir pendant ce temps-là. » (Pascal)

P. Jean-Claude Hanus