ON COULE !

Dans l’évangile de ce dimanche, venant après une série de paraboles, nous pourrions entendre ce « Passons sur l’autre rive » comme une invitation à quitter le monde des analogies pour celui de la logique divine. Ce passage n’est pas facile : les disciples en font l’expérience en subissant plusieurs épreuves : la nuit, la tempête, le sommeil de Jésus, ses reproches et cet effroi qui les saisit quand ils l’entendent commander à la nature déchaînée.

La tempête met en lumière la brutalité extrême d’un aléatoire massif : le vent ne se voit pas, on ne sait d’où il vient et où il va. Et la mer symbolise les forces du mal toujours prêtes à engloutir. Cette épreuve de la tempête consiste donc à être confronté à l’irrationnel. Et celle de la mer à une mort inéluctable.

Ici l’enveloppe rationnelle et rassurante est frêle, concrétisée par la barque qui prend l’eau ; elle ne fait pas le poids face à cet irrationnel non maîtrisable dont on ne peut se protéger que pour un temps limité sinon cet irrationnel envahit l’homme et le rend fou, le déconnecte de la saine réalité. Au niveau spirituel il devient de plus en plus perméable aux injonctions diaboliques, à la superstition et, paradoxe ultime, il se soumet volontairement aux puissances asservissantes. L’épreuve du Covid en a révélé une multitude d’aspects.

Dans cette barque les hommes désorientés prennent conscience de leur faiblesse. Il y a bien Jésus mais il dort, indifférent ou insensible à leur angoisse. La seule solution qui leur vient à l’esprit c’est de le réveiller et de le sermonner : “Maître, nous sommes perdus ; cela ne te fait rien ?” Nous ne savons pas bien ce qu’ils attendent de lui. Qu’il les rassure sans doute – « Ayez confiance ! » – mais pas qu’il invective directement les éléments déchaînés, sous une forme proche d’un exorcisme.

Jésus reproche à ses disciples un manque de foi en lui, sous-entendu « en tant que Dieu » ! Il faudra que la nature se déchaîne pour qu’augmente un peu leur foi. Car la nature « crie » (Lc 19, 40) quand les hommes transgressent orgueilleusement ses lois et que la foi s’éteint. On veut nous faire croire que le CO2 rejeté par les activités humaines est le grand problème des années à venir mais que dire, alors, de la haine du corps si visible actuellement, notamment à travers les lois bioéthiques, la dictature des minorités genrées et/ou racialisées, etc. Haine de l’Incarnation… La nature ne peut que désavouer l’homme, son maître dès l’origine. Elle criera, à sa manière, et ce sera redoutable, sans pardon. 

Qu’on se le dise !

P. Jean-Claude Hanus