Monter à Jérusalem

Alors que nous approchons de Pâques, voilà que l’extrait de l’évangile selon saint Jean proposé pour ce 5e dimanche de carême, rapporte un comportement étonnant de Jésus. On y trouve, juxtaposées, une attitude humaine exsudant l’authenticité du moment et des paroles prophétiques. Mieux : une révélation.

L’aspect humain tout d’abord, c’est cet affichage du drame qui se profile. Jésus fait état de son bouleversement et de son angoisse (aujourd’hui, on parlerait de grand stress). Il évoque la possibilité de faire appel à son Père des cieux pour être sauvé de « cette heure »… Le sacrifice, c’est-à-dire la mise à mort d’un condamné juif, représente une épreuve effrayante sachant de quelle manière on les exécutait. Paul, dans sa lettre aux Hébreux (5, 7-9), parle des cris, des larmes, des prières et des supplications du Christ vers son Père…

Ensuite, Jésus, comme lors de sa transfiguration, déploie également sa divinité en parlant de sa glorification. Et cette fois encore, comme au mont Thabor, une voix descend du ciel pour la confirmer. Le Père ne l’abandonne pas ; au contraire, il est partie prenante de l’accomplissement qui est en train de se jouer.

Pour nous, comme pour ces Juifs grecs, comme pour les apôtres, il s’agit de reconnaitre notre destinée de chrétiens : resterons-nous admiratifs, contemplatifs, voire passifs devant le déroulement du sacrifice ? Ou bien voulons-nous faire partie de ce peuple de Dieu qui sait que ses fautes sont rachetées, à jamais, par le sacrifice ?

Saint Jean encadre par deux mentions d’oracle cette sentence prononcée par Jésus : la Loi est inscrite dans les cœurs par Dieu lui-même ; tous la connaîtront… Le pardon est promis.

Il s’agit de suivre ce Seigneur qui monte au supplice, il s’agit de se préparer à mourir avec lui, il s’agit de servir dans l’obéissance jusqu’à perdre sa vie. En ce temps de gestes dits « barrière » et de distanciations physiques, voilà qui nous indique une autre perspective de sauvetage : le vrai salut de l’humanité.

Ces quelques Grecs montés à Jérusalem pour voir Jésus n’ont pas dû être « déçus du voyage ! » Ils ont vu le Sauveur du monde.

Et nous, que voyons-nous ?

Patrick Decléty, diacre