Dimanche 24 mars – 3ème dimanche de Carême

Le jeûne de l’âme

Notre corps est la maison de notre âme. Nos cinq sens en sont les portes et fenêtres. Et de même qu’il y a des nourritures et des boissons terrestres, il y a des nourritures et des boissons spirituelles : lectures, films, images, sons, couleurs, odeurs, goûts etc. …

Tout ceci entre par nos sens et nourrit notre âme. Mais à la différence des nourritures terrestres que nous assimilons à nous-mêmes et qui deviennent notre corps, nous sommes assimilés à ces nourritures spirituelles et devenons ce qu’elles sont. Si ce sont des nourritures laides et stupides, notre âme devient laide et stupide, si ce sont des réalités belles et bonnes, notre âme devient belle et bonne ; si ce sont des nourritures incohérentes, dispersées et purement extérieures, notre âme se disperse, perdant son unité et son intériorité.

Et de même que nous ne mangeons pas à toute heure, mais réservons aux repas des moments appropriés, de même notre âme ne doit pas être envahie à tout moment d’un flux de sons et d’images dispersées.

Et de même que nous choisissons ce que nous mangeons, nous pouvons et devons choisir la qualité de la nourriture que nous laissons entrer dans nos âmes, les œuvres fortes et exigeantes de la culture, sans nous laisser imposer les contenus stupides et vides du flux médiatique.

Et de même qu’il est mauvais pour la santé de manger trop vite, nous saurons prendre le temps de nous laisser assimiler à la beauté d’une œuvre, pour y trouver rassasiement et joie.

Ainsi en ce temps de Carême où nous exerçons notre corps à jeûner pour nous nourrir de la Parole de Dieu, n’oublions donc pas le jeûne plus essentiel encore de l’âme : apprenons le silence et l’ennui. Cessons de nous fuir dans le divertissement : affrontons le désert de notre solitude et de notre pauvreté, sans sollicitations ou excitations extérieures.

Nous y rencontrerons le Christ ; nous contemplerons sa beauté, nous respirerons sa bonne odeur et goûterons sa suavité. Aussi lorsque nous communierons à lui en mangeant son corps et buvant son sang, n’est-ce pas lui qui sera transformé en nous, mais nous qui lui seront assimilés ; aussi notre âme deviendra-t-elle belle et bonne, nourriture de choix pour nos frères.

Père Antoine Vidalin