« J’aime Dieu, mais je préfère la terre. »

Voilà ce que beaucoup pensent consciemment ou inconsciemment, éteignant par-là le désir du Ciel. Dieu n’est plus alors qu’une bouée de sauvetage plus ou moins fiable, dont on se sert dans les temps difficiles. Il est réduit à une cerise sur un gâteau qui, si elle est absente, ne change pas fondamentalement le goût. C’est une compréhension païenne de Dieu. Elle consiste à penser qu’il suffit de se tenir à une éthique plus ou moins droite, d’adresser à Dieu un culte en quête de protection et de réconfort. Mais c’est une conception qui voit la mort comme une rupture brutale, un non-sens. Préférer la terre à Dieu, c’est limiter Dieu, voir défigurer Dieu (ce qui a déjà été fait sur la Croix).

La Résurrection du Christ, vainqueur de la mort et du péché, bouleverse notre rapport à la vie. Nous découvrons alors la vraie Vie qui, éternelle, est composée de la vie terrestre, avec ses joies et ses peines, mais aussi de la vie céleste, le bonheur sans fin. Le désir de l’éternité, profond chez l’homme, se manifeste à travers les projets humains : avoir des enfants, être reconnu, laisser sa trace dans l’Histoire… Mais le doute s’installe car la mort vient gâcher tous les rêves vains de l’homme. Alors on essaye de profiter de la vie, sans chercher forcément à la rendre belle, bonne et vraie et d’éviter la mort « quoiqu’il en coûte », car elle reste un échec de l’homme. La mort devient la mal-aimée, entraînant, bien souvent, une peur de vivre (la crise sanitaire en est un bon révélateur) ou bien un mauvais usage du don de la Vie (les lois dites de « bioéthiques » le montrent assez bien).

Le vrai problème, ce n’est pas la mort ni la vie, c’est le manque d’espérance.  Là où le païen est esclave de la mort, car pour lui c’est un échec, le chrétien en est libéré par le Christ lui-même (He 2, 15), car il voit la mort comme une naissance. La vie terrestre est un enfantement à la Vie Céleste, est une préparation à ce qui est un passage plutôt qu’une impasse. La mort est à notre vie terrestre ce que la vie terrestre est à la vie intra-utérine. Tant que l’enfant n’est pas sorti du ventre de sa mère, il ne peut imaginer une vie hors de l’utérus et pourtant, elle existe bel et bien [1] . Un chrétien doit être habité par le désir, par la joie de la rencontre avec Dieu. Comme toutes ces histoires des martyrs qui nous les montrent, avancent en chantant vers la mort, comme s’ils allaient à un mariage. Notre Foi, mais aussi notre Espérance et notre Charité, nous poussent à ne pas vivoter et encore moins à nous satisfaire de la vie terrestre. Toute sa personne doit être tendue vers Dieu, vers le Ciel, « de tout son cœur, de toute son âme et de toute sa force » (Dt 6, 5). Nous savons que nous sommes faits pour le Ciel.

C’est alors, qu’entrant dans cette intelligence des Écritures, dans cet amour de Dieu, nous pourrons dire au monde qui nous entoure : « j’aime la terre, mais je préfère Dieu ».

Abbé Bruno de Mas Latrie, vicaire

______________________________________________________

[1] Deux jumeaux discutent dans le ventre de leur mère

  • Bébé 1 : Et toi, tu crois à la vie après l’accouchement ?
  • Bébé 2 : Bien sûr. C’est évident que la vie après l’accouchement existe. Nous sommes ici pour devenir forts et nous préparer pour ce qui nous attend après.
  • Bébé 1: Pffff… tout ça, c’est insensé. Il n’y a rien après l’accouchement ! A quoi ressemblerait une vie hors du ventre ?
  • Bébé 2 : Eh bien, il y a beaucoup d’histoires à propos de “l’autre côté”… On dit que, là-bas, il y a beaucoup de lumière, beaucoup de joie et d’émotions, des milliers de choses à vivre… Par exemple, il paraît que là-bas on va manger avec notre bouche.
  • Bébé 1 : Mais c’est n’importe quoi ! Nous avons notre cordon ombilical et c’est ça qui nous nourrit. Tout le monde le sait. On ne se nourrit pas par la bouche ! Et, bien sûr, il n’y a jamais eu de revenant de cette autre vie… donc, tout ça, ce sont des histoires de personnes naïves. La vie se termine tout simplement à l’accouchement. C’est comme ça, il faut l’accepter.
  • Bébé 2 : Et bien, permets moi de penser autrement. C’est sûr, je ne sais pas exactement à quoi cette vie après l’accouchement va ressembler, et je ne pourrais rien te prouver. Mais j’aime croire que, dans la vie qui vient, nous verrons notre maman et elle prendra soin de nous.
  • Bébé 1 : “Maman” ? Tu veux dire que tu crois en “maman” ??? Ah ! Et où se trouve-t-elle ?
  • Bébé 2 : Mais partout, tu vois bien ! Elle est partout, autour de nous ! Nous sommes faits d’elle et c’est grâce à elle que nous vivons. Sans elle, nous ne serions pas là.
  • Bébé 1 : C’est absurde ! Je n’ai jamais vu aucune maman donc c’est évident qu’elle n’existe pas.
  • Bébé 2 : Je ne suis pas d’accord, ça c’est ton point de vue. Car, parfois lorsque tout devient calme, on peut entendre quand elle chante. On peut sentir quand elle caresse notre monde.… Je suis certain que notre Vraie vie va commencer après l’accouchement…