« 11 mai », date qui laisse apparaître une lueur d’espoir. Tout comme vous, j’ai hâte. Oui, hâte de vivre notre foi pleinement et librement. J’ai hâte de retrouver les messes avec les fidèles, le catéchisme, les cris heureux des enfants du Patronage, les scouts, les mardis de la Parole, Even, Béthel….

Mais voilà, ce n’est pas au goût de tout le monde, et si l’école va reprendre, le culte, lui, devra attendre mi-juin. Parce que vous comprenez, la religion ne fait pas partie de la vie normale. Au point, qu’une église parisienne a vu trois policiers armés (je tiens à préciser que j’ai un profond respect pour eux) débarquer pour interrompre une soi-disant « messe clandestine », suite à une dénonciation. Cela montre combien certains oublient que nous sommes faits d’un un corps, d’une âme et d’un esprit et que ces trois dimensions ont besoin de grandir et d’être nourries (pas que virtuellement).

Si nous pouvons aller au bureau, au supermarché ou à l’école, pour nourrir notre âme et notre corps, pourquoi ne pourrions-nous pas aller à la messe pour nourrir notre esprit ? Cela fera deux mois que vous n’avez pas pu recevoir l’Eucharistie et vivre normalement notre Foi, qui ne se résume pas à des valeurs à transmettre, mais bien à une vie de communauté, de sacrement.

Alors, certains vont mettre en avant le motif de la santé… Oui, ils ont raison. Mais si l’État permet à des enfants de se retrouver à l’école, que ces mêmes personnes ne nous fassent pas croire croire que le petit CP jouera dans son coin à deux mètres de distance de ses camarades et qu’à la sortie des classes, il prendra une douche de décontamination. Je pense que les fidèles sont capables, dans une intelligence de la situation, de prendre toutes les précautions sanitaires nécessaires et indispensables pour pouvoir vivre les sacrements et leur foi librement. Nous ne sommes pas inconscients, tout de même ! Nous l’avons bien montré pendant ce confinement, par le fidèle respect des consignes. Voyant tout cela, je me dis que Combes et toute sa clique doivent bien ricaner du fin fond de leur tombe.

Mais gardons la tête froide, ou plutôt gardons les pieds sur terre et la tête dans le Ciel. Que tout cela soit pour nous l’occasion de vivre la confiance dans nos évêques qui agissent pour le bien du Peuple de Dieu, cherchant avec discernement les meilleures solutions. Et vivons aussi la patience durant ce temps « sans sacrement » en continuant à renouveler notre prière personnelle, familiale… Faisons de nos lieux de confinement des petites églises domestiques, augmentant en nous la soif de l’Eucharistie, source et sommet de toute vie chrétienne.

Je vous propose aussi de profiter de ces prochains jours pour faire un « bilan de confinement ». Qu’ai-je appris sur moi, sur le monde qui m’entoure, sur la société et son fonctionnement ? Pour ma part, à brûle-pourpoint, je vois combien un virus de quelques nanomètres révèle que notre monde, ultra-moderne et technologique, qui se veut auto-suffisant reste bien fragile. Je vois que notre monde est sans cesse dans l’extériorité et possède une vie intérieure fragile. Je vois un monde qui vit au jour le jour, sans aucune espérance. Je vois un monde qui ne cherche qu’à rajouter des jours à la vie et non de la vie aux jours. Je vois un monde qui déploie beaucoup de moyens pour sa santé, mais qui oublie l’importance de la relation, de la sociabilité, voire de la sainteté.

Mais, une chose est sûre, ce constat me met en joie. Oui cela me réjouit, car, après le confinement, nous serons prêts à œuvrer pour le monde auquel nous aurons réfléchi et que nous aurons choisi, chacun à notre mesure et là où nous sommes.

Que les chrétiens, à l’exemple des disciples d’Emmaüs, sortent de leur tristesse ou de leur désespérance, et soient remplis de la joie du Christ ressuscité pour la transmettre au monde !

Abbé Bruno de Mas Latrie, vicaire