Un seul maître, un seul Dieu !

Au terme de la semaine de prière pour l’unité des Chrétiens, nous entendons saint Paul, dans l’épître de ce dimanche, insister sur la nocivité du vedettariat et des rivalités, deux attitudes liées par des relations de cause à effet. Celui qui cherche à se mettre en avant voit nécessairement l’autre comme un rival potentiel. Du coup, que ne ferait-il pas pour briller dans les sphères de la vie publique ou familiale et, pire, spirituelle… Car briller signifie, par effet de contraste, faire entrer l’autre dans l’ombre, cette ombre-là n’étant pas forcément synonyme de néantisation. Car les brillants ont besoin de laquais reconnus pour les servir, pour les astiquer pourrait-on dire. Ainsi se forment les élites serviles, inconditionnelles de la pensée de tel leader politique, des manières de faire de tel clerc, de la spiritualité de tel gourou, etc…

Benoît XVI rappelait avec force qu’il est « nécessaire que les prêtres aient conscience que, dans tout leur ministère, ils ne doivent jamais se mettre au premier plan, eux-mêmes ou leurs opinions, mais Jésus Christ… Je recommande donc au clergé d’approfondir toujours la conscience de son ministère eucharistique comme humble service rendu au Christ et à son Église. » (Sacramentum caritatis, § 23, 2007)

Cette tentation du premier plan a toutes les chances d’émerger dans une Église faisant bon accueil à l’esprit du monde : c’est là, du reste, la principale cause d’une désagrégation. Le fait même que des fidèles puissent, déjà du temps de saint Paul, se réclamer de l’apôtre lui-même ou de Pierre ou d’Apollos – au lieu de se réclamer simplement du Christ – en sont le signe. L’esprit du monde c’est celui du classement, de la quantité ou du calcul, de l’efficacité. L’esprit de l’Esprit c’est celui de la hiérarchie, de la qualité ou de la gratuité, de la fécondité. Encore faut-il bien comprendre ce qu’est une hiérarchie : étymologiquement un ordre sacré. Toutes les catégories d’une hiérarchie sont nécessaires, concomitantes, non vides : s’il en manque une, alors la hiérarchie perd son sens et fait contre-sens. Du service et de la communion dont elle devrait être signe, elle se dégrade en classement, ce qui signifie rivalités, compétition, vedettariat, arrivisme, etc. L’horreur, quoi !

Jean-Claude Hanus