26 novembre – Christ Roi de L’univers

La chèvre et la brebis

De la brebis et de la chèvre, écoutons la parabole. A l’âme qui est docile la vie en abondance, mais qui n’en fait qu’à sa tête, la vie en apparence. Je le sais bien, la leçon n’est pas nouvelle, un peu désuète même, pour nos vies si autonomes, parfois si sûres d’elles-mêmes dans leurs désirs et leurs démarches. Ne sommes-nous pas libres de tout manger, de nous servir comme dans un self, de récupérer d’un clic ce qui nourrit son « moi », de ronces ou de marguerites, sans que rien ne nous arrête, pas même certains poisons reconnus dangereux ? Et la chèvre de se dire, un peu condescendante : « Pauvre brebis d’en-bas qui suit la voie étroite de son petit berger, et qui ne mange que de l’herbe ! Ne suis-je pas moi-même ce phénix des hauteurs, consommatrice sans scrupules, aux désirs insouciants et aux rêves sans limites ! »

Mais la voici bien seule, cette chèvre assez moderne, lorsqu’au soir de sa vie, plongée dans la nuit froide, elle commence à pleurer et à grincer des dents. Il lui faudra apprendre que ne penser qu’à soi et son petit nombril n’est pas un grand progrès, et que le culte du moi est mépris des plus pauvres. Je vous l’accorde, c’est un peu rabat-joie que de se faire le chantre de la brebis docile, mais je ne peux m’en empêcher. Certes, cette brebis bien modeste ne goûte pas à tout, elle n’explore pas tous les ravins, mais elle ne s’endort pas le soir dans sa prison de pierre et de glace. L’obéissance la garde unie à toutes ses sœurs, et surtout aux plus humbles. Docile à son Seigneur, elle ne s’éloigne pas de ce divin berger qui la mène vers les eaux tranquilles et la fait revivre. Et c’est à l’unisson des voix qui partagent son pain, qu’elle peut prier comme l’enseignent nos évêques, en communion avec le Pape : « Notre Père qui es au Cieux, que ton nom soit sanctifié…

ne nous laisse pas entrer en tentation, mais délivre-nous du mal. »

Conduite aux pâturages de la docilité, elle goûte avec plaisir l’offrande de son divin Roi.

Père Alexis Leproux, curé.