Un peuple prophétique

Moise de Michel-Ange

Qui fera que, dans le peuple du Seigneur, tous soient des prophètes et que le Seigneur leur donne son souffle” (Nb 11, 29)

Un peuple prophétique, tel était le désir profond de Moïse comme chef du peuple que Dieu s’est donné au désert. Par l’action commune de Dieu et de Moïse, Israël serait pour toujours, au milieu du monde, un peuple revêtu de l’esprit prophétique.

Parmi les Nations, quelle pourrait être sa parole prophétique ? Avec tous les prophètes d’Israël, appeler sans cesse à un retour au Dieu vivant face au pullulement des idoles chez les Nations ; aussi, avec Amos et Osée, rappeler inlassablement ces Nations à leur devoir de justice et d’équité. Qu’en est-il aujourd’hui ? Au XXe siècle, peut-on dire qu’Israël comme peuple de Dieu et l’Église comme Épouse du Christ posent encore des actes et des paroles prophétiques ? Au XXe siècle, dans un contexte de catastrophes, le peuple juif s’est beaucoup interrogé sur lui-même. Que signifiait, au fond, être juif ? Et, comment l’être en étant dispersé au milieu des Nations ? Compte tenu de cette dispersion, que restait-il de l’authentique esprit juif, l’esprit prophétique ? Pour certains, la fidélité à la vocation juive passait par le respect de la Torah et un retour sur la terre des ancêtres. Pour d’autres, Israël devait être fidèle à sa vocation d’exception, et, avec elle, à « son besoin de créer », « son immense capacité d’amour », enfin, son esprit révolutionnaire (cf. Rachel Bespaloff).

 Menacé de disparaître, confronté à la tragédie européenne, le peuple juif éprouvait le besoin de ressaisir sa destinée et le sentiment d’une responsabilité devant lui-même. Avec Israël, qu’en est-il de l’Église, en France et ailleurs ? En quoi est-elle prophétique ? Comme Israël, en des temps difficiles, n’a-t-elle pas besoin d’être rendue à elle-même et à sa propre vocation d’exception ? À la suite d’Israël, sa mission ne relève pas d’un problème qui appellerait des solutions faciles mais du mystère. Quoi qu’il en soit de leur situation actuelle, la vocation d’Israël et celle de l’Église sont indissociables, comme l’a manifesté en son temps Jean-Marie Lustiger. Au milieu des hommes, leur destinée est commune.

P. Nicolas Delafon