LOIS BIOETHIQUES :

PERSONNE ET DRAME DE L’EXISTENCE

532 Goya, Rembrandt PRINTS/DRAWINGS ideas | drawings, rembrandt, rembrandt  drawings

Comme catholique, il ne nous est pas possible de rappeler sans cesse la dignité de la personne humaine de sa conception à son terme et d’appeler à son respect, sans nous interroger sur la notion de “personne” et d’avoir conscience du drame de l’existence. Ainsi, la révision des lois bioéthiques en France appelle plusieurs remarques :

  • Le corps humain n’est pas une machine dont il serait possible de décrire le fonctionnement en ses moindres détails. Il relève du mystère. En toutes ses parties, ce corps n’est pas davantage un matériau anonyme, disponible à toutes les expérimentations. Il est « mon corps ». Il est constitutif de ma personne. Ce corps, c’est moi ! En s’éprouvant comme « corps », chacun de nous fait l’expérience de la finitude et de la nécessité. Être pour moi, c’est nécessairement être avec ses yeux et ce visage. À défaut, ce ne serait plus moi mais un autre, un fantôme d’être. Cette nécessité – « cela doit être ainsi » – dévoile la vérité de mon être et ma capacité à accueillir cette vérité.
  • Parler de « personne humaine » conduit à mettre l’être humain à part au cœur du vivant. Cependant, la personne humaine n’échappe pas aux lois qui régissent la vie et le vivant. Ainsi, le devenir appartient à l’essence du vivant. Tout être vivant, que ce soit un homme ou un animal, connaît le devenir. Ce devenir implique toujours une croissance à partir de l’infime et une stabilité spécifique, c’est-à-dire une permanence à travers le changement. « Penser le vivant, c’est penser le successif, réfléchir à un mouvement continu, à partir d’un commencement et vers un terme » (J-M Hennaux). Ainsi, tout être humain passe par des âges de la vie : l’enfance, l’adolescence, l’âge adulte, la vieillesse. De même, un embryon est, dès sa conception, un être humain, car il n’y a pas de doute qu’il devienne une personne. Cette certitude est constitutive du devoir de le respecter absolument dès sa conception. Cette exigence morale ne réside pas dans un constat pour l’instant mais dans la rencontre d’un devenir pour l’avenir. Elle est impossible à une pensée qui s’en tient au biologique. Elle relève de l’accueil, dès maintenant, d’un devenir et d’un ad-venir.
  • « Exister » et « existence » viennent du verbe latin existere qui signifie « sortir de ». Pour chacun, « exister » amène à sortir du sein de sa mère puis d’une masse anonyme, en exerçant une liberté à travers un « je ». En ce sens, dès sa naissance, toute existence est risquée et menacée. Dans ce risque tient le drame de toute existence humaine. Cette universalité concrète appelle une fraternité, un surcroît d’amour, en particulier un amour de la vérité.

P. Nicolas Delafon