Tensions et dissensions, maintenant et plus tard

La parabole de Mt 21, 28-31 met en scène un père et deux fils comme Isaac avec ses deux fils, Jacob et Esaü. Chacun reçoit un appel : « Enfant, va aujourd’hui, travaille dans la vigne » (21, 28). L’appel retentit aujourd’hui et non demain. Il en est de même dans la suite de la parabole.

En son temps, les scribes et les pharisiens n’ont pas cru en Jean venu pourtant dans un chemin de justice. Ils ne se sont pas repentis plus tard pour croire en lui. Étant donné qu’ils ne vivent pas dans le temps de Dieu, ils ne croiront pas davantage dans le temps de la venue de Jésus.

Dans la parabole de Mt 20, 1-16, il s’agit aussi de travailler maintenant dans la vigne. Le « maintenant » se décline sur une journée de travail. Les premiers embauchés travaillent dès le matin et supportent le poids du jour et de la chaleur. Avec eux, un denier de salaire a été convenu sous la forme d’un contrat, d’une alliance. Avec les derniers embauchés à la onzième heure, aucun salaire n’a été convenu et ils ont moins travaillé que les premiers. Des tensions naissent entre le maître et ses ouvriers à la fin de la journée, parce que le maître rémunère les derniers embauchés avant les premiers. Ceux-ci découvrent alors que tous reçoivent la même rémunération : un denier. Est-ce injuste ? Non, en ce que ce salaire a été convenu au début de la journée avec les premiers embauchés. Comme le maître le souligne, il ne lèse en rien celui qu’il appelle « ami ». En revanche, il se montre bon envers les derniers embauchés. Il leur donne autant qu’aux premiers. Il veut, dit-il, donner au dernier autant qu’au premier (cf. Mt 20, 14). Telle est sa volonté paradoxale : juste, en un sens ; injuste, en un autre sens. Mais, ne lui est-il pas permis de faire ce qu’il veut de ses biens (cf. 20, 14) ? Et, les premiers embauchés n’ont-ils pas découvert avec un œil mauvais qu’il était bon ? La bonté de Dieu serait-elle scandaleuse du point de vue d’une certaine justice ? Serait-elle source de tensions et de dissensions ? Oui, en ce qu’aux ouvriers comme aux fils, il est demandé de travailler à la vigne et de croire aujourd’hui. Un plus tard est cependant offert comme temps du repentir.

Père Nicolas Delafon