« OUI, SEIGNEUR, JE CROIS » (JN 11, 27)

Cette semaine, le journal Le Monde a rappelé un propos de l’actuel ministre de la Santé : « Totalement agnostique, je ne crois pas à la vie après la mort ».

Avant lui, de grands philosophes comme Martin Heidegger (1889-1974) ou Karl Jaspers (1883-1969) ont refusé qu’il puisse exister un après de la mort.

Pour le premier, l’homme de la rue ne pense guère à la mort.

En projetant un au-delà hypothétique, il dédramatise la mort et se réfugie dans l’existence “inauthentique”, impersonnelle du « on ». Il refuse d’affronter la mort en face et se forge une idole. 

Pour le second, comme la souffrance, la mort est inévitable. Dans le temps, l’être humain se révèle un être transcendant par sa capacité à se situer devant l’indépassable auquel il se heurte comme sur un mur. La mort comme fin inéluctable met sa liberté devant le fait de se vouloir, de se poser dans l’existence, de décider maintenant de son être éternel. Au lieu de se projeter, chacun doit être libre hic et nunc ou ne le sera jamais.

Au regard de ce positionnement philosophique, l’espérance chrétienne tient-elle dans un au-delà de la mort ? Se pose-t-elle en s’opposant, de manière frontale, à une position agnostique ou athée ? Non. Ainsi, paradoxalement, l’Évangile selon saint Jean dédramatise la mort physique et dramatise cette mort spirituelle qu’est le péché et qui conduit à la mort de Jésus sur la croix.

Au chapitre 11 de l’évangile selon saint Jean, comme le souligne un tableau du peintre Maurice Denis (1870-1943), le récit de la mort de Lazare et de son retour à la vie débute avec un reproche adressé par Marthe à Jésus : « Seigneur, si tu avais été là, mon frère ne serait pas mort » (11, 21). À ce stade, le drame ne tient pas dans la mort de Lazare mais dans l’altération de la relation de Marthe à Jésus et dans sa foi simpliste en Jésus. Elle le tient pour celui qui a une autorité sur la mort et peut obtenir de Dieu le plus grand don : la vie. Comme tous les disciples, elle doit grandir dans la foi.

En retour, Jésus la met non devant un futur mais devant un présent : « Moi, je suis la Résurrection » (11, 25). Dans saint Jean, notre existence n’est pas vouée à la mort mais ouverte, dès maintenant, au don que le Révélateur incarné nous fait de sa vie, qu’il appelle « la vie éternelle ». Établis dès aujourd’hui en cette vie éternelle par un lien indestructible avec Jésus Christ, nous pouvons avancer dans l’Esprit vers la mort naturelle en disant sans cesse : « Notre Père ».

P. Nicolas Delafon