Dimanche 30 juin – 13e dimanche du temps ordinaire

Oui, mais

Que vous soyez célibataire, marié, veuf, religieux, que vous soyez étudiants, employés ou à la retraite, tous nous sommes appelés à suivre le Christ. Mais trop souvent nous atrophions cet appel à suivre le Christ, qui retentit dans l’Évangile de ce dimanche. Tout simplement, parce que, comme le rappelle un mythe ancien des îles, tout homme est tiraillé entre deux tentations, celle de la pirogue et celle de l’arbre.

La tentation de l’arbre, c’est celle qui consiste à ne pas bouger. C’est la peur de tout quitter, c’est la peur du lâcher prise, c’est la peur de l’inconnu, c’est l’idée que « nous avons toujours fait comme cela ». Ce sont aussi tous les « oui, mais » que nous disons à Dieu.

Et nous nous transformons en koala, capable de rester agrippé à son arbre, cherchant instinctivement à se protéger dans les branches, de peur de devoir changer de vie, de devoir se convertir, de devoir s’engager vers l’inconnu. J’ai remarqué que nous avons toujours une capacité impressionnante pour trouver des excuses qui retardent une décision et qui nous empêchent de suivre le Christ. Avec ce fameux dicton en tête : « on sait ce qu’on perd mais on ne sait pas ce qu’on gagne ». Et bien, sortez-vous cela de votre tête, Frères et Sœurs, ne mettez pas la main à la charrue, tout en regardant en arrière. Avec le Christ, ce n’est pas lui il gagne et moi je perds, avec le Christ, c’est plutôt moi je gagne au centuple.

Il y a aussi la tentation de la pirogue. C’est la tentation de celui qui a la bougeotte, qui passe sa vie d’activité en activité, sans jamais s’arrêter et qui finalement a peur de se retrouver face à lui-même ou qui est incapable de s’engager, préférant vivre le moment présent, de rechercher la nouveauté, sans jamais être rassasié, en voulant toujours plus, évitant les attaches de temps, de lieux, de personne. Et pourtant, ces attaches qui nous font peur, ce sont très probablement ces mêmes éléments qui sont les bases de notre pirogue et qui nous permettront de ne pas vous perdre en chemin, ni de subir les évènements, mais de les vivre.

Cependant, si les hommes errent constamment entre ces deux tentations, celle de l’arbre et celle de la pirogue, il faut savoir que… et là, la nature est stricte là-dessus, c’est avec l’arbre qu’on fabrique la pirogue. L’un ne va pas sans l’autre. Ne soyons ni des koalas agrippés à notre arbre, à notre vie si confortable, ni des pirogues éternels qui ne savent finalement pas s’ancrer, mais enracinons-nous dans le Christ et suivons-le, lui qui n’a pas de lieu où reposer la tête.

Père Bruno de Mas Latrie, vicaire