4 mars 2018 – 3e dimanche de Carême

« Si tu savais le don de Dieu »

Imaginons une nouvelle version du film « Les visiteurs ».

Un prophète des temps bibliques se trouve propulsé dans notre temps. Il observe nos mœurs, nos comportements. Il déchiffre tout ce qu’il voit de son regard prophétique pénétrant jusqu’à l’âme des choses. Étourdi par notre mégapole, nos rythmes de vie, la tension générale partout palpable ; abasourdi par la cacophonie des discours, des images, des conflits et procès déversés à flot continu, il relate son expérience dans un livre intitulé : « Choses vues », qu’il destine, pour son retour, à ceux de son temps reculé.

Parlant de nous, voici ce qu’il écrit, en une formule poétique issue de sa culture lointaine : « Ils erraient au désert, dans les solitudes, sans trouver le chemin d’une ville habitée. Ils avaient faim, surtout ils avaient soif, leur âme en eux défaillait. » (Psaume 106, 4).

Cet homme au regard pénétrant n’a pas vu une éblouissante « Ville Lumière », capitale de l’intelligence, parée de joyaux d’art et de technologie, mais un désert. Un vide. Une aridité.

Il n’a pas vu un peuple industrieux, libre et solidaire, vaquant au monde dans l’élan civilisateur, mais une foule errante, déboussolée, incapable de trouver où se poser, où s’enraciner, saoulée de solitude.

Il n’a pas vu les victoires du progrès épanouir la société et illuminer la vie, mais une faim paradoxale et une soif inaperçue tenailler les âmes, les miner, les ronger à leur insu.

Il a vu en somme une humanité carencée, dévitalisée, asphyxiée, atrophiée d’elle-même dans ses triomphes. Pessimiste, notre prophète ? Non. Précisément parce qu’il est prophète, il voit ce que l’œil du moment n’a pas vu, ce que l’oreille de ce temps n’a pas entendu, ce qui n’est pas monté au cœur de l’homme du jour. Ce dernier est extérieur à lui-même. Il ne sait plus ni se voir en vérité ni entendre son souffle s’épuiser. Le prophète voit au fond du cœur le mal dénié : le péché.

Il voit aussi ce qui sort du cœur de Dieu : sa compassion débordante. Du cœur de Dieu coule à destination de tous les défaillants d’âme l’influx créateur, l’onde éternelle, le souffle inépuisable de la Vie. Investissant nos sécheresses, nos vides, nos asthénies, il féconde, hydrate, régénère, réanime. « Si tu savais le don de Dieu » ! Si tu savais l’espérance qui t’est gratuitement offerte, si tu savais qui est là près de toi à portée de cœur, tu ne resterais pas tristement tangentiel à la vie, à la joie, à la lumière ! Si tu acceptais dans ta vie la présence aimante de ton sauveur Jésus-Christ !

Père Patrick O’Mahony, vicaire