Dimanche 5 mai 2019 – 3e dimanche de Pâques

Les plaies lumineuses

Comment entrer dans le mystère de la résurrection pour y avoir part ? En suivant ce que les Évangiles et l’Église nous proposent, à savoir en contemplant les apparitions du Christ ressuscité à ses disciples. Mais comment la résurrection peut-elle se traduire dans notre vie concrète ? Est-elle la cessation de toute souffrance ? Est-elle la fuite d’un monde dur et oppressant pour un nuage spirituel et ouaté ? L’apparition de Jésus à ses disciples nous préserve de le penser.

Ce qui frappe tout d’abord, c’est que la Résurrection n’a pas supprimé les blessures du Christ : ils les montrent aux disciples et ce sont même elles qui leur permettent de reconnaître leur Seigneur. Bien plus, l’insistance de Thomas nous le dévoilait dimanche dernier, ces blessures ne sont pas refermées mais ouvertes. Jésus n’est pas comme un malade sortant de l’hôpital, les plaies recousues et cicatrisées. Elles sont bien au contraire toujours ouvertes, toujours vives, comme si son corps ressuscité gardait la mémoire vivante de ses souffrances, pour pouvoir y accueillir les nôtres. Ses plaies ne sont ainsi plus sources de mort mais de vie, elles sont devenues lumineuses. Comme les disciples, chacun de nous peut y voir renaître sa foi. Un tableau du Caravage à Potsdam près de Berlin illustre cette expérience. On y voit Thomas, le bras guidé par le Christ, enfonçant sa main dans son côté. Ce qui bouleverse l’Apôtre, c’est de rencontrer un Christ vivant qui continue à souffrir en sa chair de son incrédulité, comme si le manque de foi de Thomas perçait à nouveau le côté du Christ.

La résurrection du Christ nous permet ainsi de porter un regard lumineux sur nos histoires et sur celle du monde. Pas une de nos larmes, pas une des souffrances des hommes ne sera perdue. Chacune de nos plaies est recueillie dans la chair ressuscitée du Christ, et y trouve son éternité, non de souffrance mais d’amour (l’amour du Christ qui nous accueille dans sa vie et l’amour pour le Christ, qui nous donne de prendre part à ses souffrances). Oui, nous ressusciterons avec nos blessures et avec toute notre histoire. Dès aujourd’hui, entrer dans la résurrection, ce n’est pas quitter notre condition humaine et sa passion, c’est consentir à nos blessures et, dans la foi, laisser le Christ les transformer en sources de lumière pour nos frères.

 Père Antoine Vidalin, vicaire