Trop de bruit !

‘Lorsque le bruit envahit tout, c’est que la fin est proche’, disait Cioran. Il semble que cela ait commencé : y a-t-il encore des havres de silence où le bruit du monde ne nous rejoigne pas ? Même dans la solitude des montagnes, ou au plus profond des forêts, toujours, quelque vrombissement d’avion vient troubler notre silence. Que dire alors de notre vie citadine, vibrante du bruit des voitures, des marteau-piqueurs et des sonos hurlantes, ou bien enveloppée de publicités et musiques d’ambiance.

Même la nuit, le bruit devient une rumeur lointaine qui jamais ne s’éteint. Tout cela ne serait rien sans un autre bruit plus insidieux, le bruit dans notre tête : par l’i-pod fixé aux oreilles qui nous accompagne désormais dans nos trajets, par ce portable sonnant, vibrant, ces conversations livrées sur le trottoir ou dans le métro aux oreilles de tous, la télé ou la radio allumée en permanence à la maison, nous sommes non seulement victimes, mais victimes consentantes. De quoi avons-nous peur pour nous laisser ainsi piéger ? Sans doute de l’ennui, du silence, c’est-à-dire en fait de nous-mêmes. Car alors, nous nous retrouverions face à notre vide, mais aussi à notre intériorité, et ainsi nous pourrions y découvrir la présence de Dieu et des autres.

D’où l’importance cruciale d’éduquer nos enfants à cette intériorité, au silence. Pour cela, nous devons leur apprendre à s’ennuyer : c’est vital. Il est à craindre que si, dans l’avenir, plus aucun espace de silence ne subsiste, l’homme ne trouve plus le chemin de l’intériorité. Alors, comme le dit Cioran, la fin sera proche. Quelle fin ? Celle de l’homme promis à la joie de la communion avec Dieu et avec tous. Que faire en attendant ? Résister en choisissant pour nous-mêmes et nos enfants, une vie plus sobre, plus silencieuse. Et ne pas avoir peur : car la fin du monde, même si elle devait survenir de notre vivant, ne sera que la fin d’un monde. Elle sera surtout la venue du Christ dans sa gloire pour nous rassembler tous auprès de lui. Préparons-nous à l’accueillir, déjà aujourd’hui, dans notre vie.

Père Antoine Vidalin