« On atteint le ciel lorsqu’on touche un corps humain »

Cette parole du poète Novalis résonne magnifiquement avec l’évangile de ce dimanche. Le Christ, notre ciel, laisse entendre qu’il y a une analogie directe entre son corps et le Temple. Après avoir dit : « Détruisez ce Temple, et en trois jours je le relèverai », l’évangéliste précise qu’il parlait du sanctuaire de son corps. Le Temple est un lieu de culte mais il est signe également, par son organisation et son architecture, de ce qu’est le Christ, le vrai homme, ce que nous sommes appelés à devenir à sa suite.

Le Temple de Jérusalem est donc une construction inspirée, faite de quatre parties distinctes : celle des femmes, celle des hommes, celle des prêtres et, enfin, celle qui est au cœur : le saint des saints, là où se tient le grand prêtre. L’être humain n’est à l’image de Dieu que si toutes ces catégories – féminine, masculine, sacerdotale et la catégorie spéciale qui n’est faite que d’une personne, le grand prêtre, c’est-à-dire, pour nous maintenant, Jésus – existent ensemble, concomitantes et sans confusion (*). L’être humain ne se réduit donc pas au masculin ou au féminin, à ce qui le détermine physiquement et psychiquement. Il y a en lui deux autres dimensions, spirituelles, invisibles : l’une sacerdotale, montante – l’homme vers Dieu – et l’autre « grand sacerdotale », descendante, qui signifie la présence du Christ dans l’intime de l’âme, un en tous. On comprend à quel point l’anthropologie classique ne distinguant que l’homme et la femme – et encore ! – est terriblement réductrice, déficiente…

Quand le Temple, voire l’Église maintenant, ou nous-même, deviennent une maison de commerce, c’est-à-dire un lieu où dominent l’esprit du monde et ses appétits alors c’est l’Homme qu’on saccage : c’en est terminé de la ressemblance au Christ, jusqu’à perdre de vue la résurrection.

Les ressorts de la crise majeure que nous traversons se visibilisent dans notre rapport au corps : il est tenu à distance, privé de liberté, menaçant. Comme incarcéré. Et, de plus, sexuellement renié (chacun choisit son genre, ce n’est plus une donnée) ou marchandisé (GPA, banques d’organes, …) ou éliminé sans remords quand il n’est pas ou plus « correct » (avortement, euthanasie, …). La manière dont il est traité révèle, analogiquement – puisque notre corps est le vrai temple – à quelle haine du Christ certains en sont arrivés. Sous couvert d’humanisme, bien sûr… Alors faisons nôtre la sainte colère de notre hôte intérieur.

P. Jean-Claude Hanus

* À ce sujet, voir la passionnante conférence de Jean-François Froger, https://youtu.be/o0hnXBHtxHQ