Homo viator !

Nous sommes des ‘étrangers et voyageurs sur cette terre’ (He 12, 13), telle est la reconnaissance de notre foi qui nous fait ‘aspirer à une patrie meilleure, c’est-à-dire céleste’ (He 11, 16). Saint Augustin résumait cette condition de l’homme par la formule: homo viator, l’homme en chemin. Il ajoutait aussitôt que le Seigneur qui est le but de notre voyage s’est aussi fait notre chemin : par son humanité, Jésus est le chemin, la vérité et la vie.

Il est pourtant facile d’oublier cette vérité et de nous installer en ce monde, de nous croire déjà arrivés. Danger qui guette chacun de nous, mais aussi toute communauté, toute paroisse. Peut-être la nôtre plus que d’autres, parce que nous sommes humainement riches : tout fonctionne plutôt bien, nous avons plusieurs prêtres et diacres, un nombre important de pratiquants, beaucoup d’entre nous sont engagés au service de la communauté. Nous sommes à raison fiers de notre paroisse. N’oublions pas néanmoins qu’elle aussi, avec nous, est en chemin, qu’elle doit nous conduire vers notre véritable patrie, la maison du Père.

Dans les églises normandes d’autrefois, la voûte de la nef, en bois, formait une coque de navire renversée. Le nom de ‘nef’ garde d’ailleurs la mémoire de l’origine nautique de nos églises, qui remonte à la barque même de Pierre. En pénétrant dans ces églises, en y vivant la liturgie, on sentait le lourd édifice nous accueillir dans ses flancs maternels et s’animer, nous entraînant, non plus au-dessus des abîmes de la mer, mais, par delà la houle des événements de notre vie, la fragilité de l’existence et le fracas des affaires humaines, vers le havre désiré, l’amour de Dieu qui nous attend au terme de l’histoire, plus stable que les cieux.

Dès les premiers siècles de la vie de l’Eglise, cet aspect pérégrinant de la vie chrétienne fut vécu à travers les pèlerinages qui conduisaient les chrétiens en Terre Sainte. On a ainsi conservé précieusement le témoignage émouvant d’une pèlerine du IVème siècle, Egérie, racontant son voyage et sa découverte de Jérusalem. Cette terre d’Israël, sanctifiée par le Verbe de Dieu qui y a vécu, y est mort et ressuscité, est ainsi à la fois le but de notre quête et le chemin qui nous mène plus loin : en nous mettant à l’écoute de ses paroles et des Ecritures, en le suivant sur les lieux de sa vie et de l’histoire de son Peuple, nous rejoignons un Jésus incarné, nous expérimentons ce qu’il a vécu, d’abord l’âpre beauté du désert, puis la douceur souriante de la Galilée enfin la tension brutale de Jérusalem ; et ainsi nous entrons dans ce chemin qu’Il est lui-même pour nous conduire vers le Père.

Tel est le sens du pèlerinage paroissial proposé à la Toussaint en Terre Sainte. Pour cela, il faut se mettre en route. A cet effet, des tracts sont à votre disposition dans l’église pour vous inscrire.

Père Antoine Vidalin