Nuit et silence

Parole est douce. Elle réjouit le cœur. Des profondeurs où elle descend, elle élève qui l’écoute et la garde. En secret, de nuit, elle irradie. Et attire. Mystère nocturne du Verbe fait chair. « La nuit comme le jour illumine »

(Ps 138, 12)

Le temps liturgique de Noël s’achève avec le baptême du Seigneur au Jourdain.

Il fait jour. Il y a foule. Un grand prophète baptise.  Incertain, agité, fébrile, le monde humain est là, dans une attente confuse. À son insu, le ciel se déchire. Une coulée divine saisit un inconnu, un ouvrier galiléen inaperçu, alors qu’il prie.

Le Messie attendu, c’est lui. Silence. Personne ne le sait encore. Qui saisit que le temps bascule ?

Nous sommes ballottés. Chiffres, statistiques, injonctions, protocoles, déclarations provoquent en écho invectives, ripostes, contre-feu, indignation. Le vacarme est général. Mais très superficiel.

L’œuvre de Dieu s’accomplit dans deux atmosphères, le silence et la nuit. Et selon un axe, la profondeur. Ne dit-on pas un profond silence, une nuit profonde ? Pour mieux dire : insondables ? Hors de la mesure de quelque sonde que ce soit ?

C’est là, là où nulle sonde ne peut parvenir que tout se joue, que tout est déjà joué d’une certaine manière. Insondable Création, insondable Incarnation, insondable Résurrection, toutes trois cachées dans le silence et la nuit !

L’œuvre de Dieu est accomplie en Jésus, le Messie authentifié au bord du Jourdain dans l’anonymat qui le cache autant que la nuit, dans la prière qui l’efface autant que le silence.

L’œuvre de Dieu accomplie en Jésus s’accomplit en nous qui mettons notre foi dans son Nom et qui laissons son Amour retourner nos vies.

Nous pouvons aller notre chemin à travers les remous et les chaos du moment, en cherchant à partager cette profondeur qui est le rivage où toute houle s’écroule et s’alanguit.

Père P O’Mahony, curé

Hans Memling – Triptyque  Portinari (1487), détail