Dimanche 9 juin 2019 – Dimanche de Pentecôte

Viens Esprit de Compassion

La semaine dernière, suite à une altercation avec un automobiliste, un conducteur de bus a écrasé volontairement celui-ci avec son véhicule. Cela se passait quai Voltaire, dans notre bonne ville de Paris, parmi ce peuple de France dont la gentillesse était autrefois proverbiale. Comment en sommes-nous arrivés là ? On peut bien sûr incriminer les travaux permanents sur la voie publique pour aménager les pistes cyclables et l’exaspération des conducteurs, chaque jour plus agressive et audible.

Mais le mal est plus profond. Cette tragédie n’est pas un incident. Elle révèle l’indifférence radicale entre les hommes, propres à l’individualisme contemporain. Comme des brebis sans berger, comme des voyageurs dans un hall d’aéroport, chacun suit son chemin, le nez sur son smartphone. On se croise sur des trajectoires différentes, on s’évite, on se heurte, on s’énerve. Parfois les carrosseries se froissent et on se tue. Nous sommes devenues ces « particules élémentaires » annoncées par Michel Houellebecq, agitées par un mouvement perpétuel, rebondissant les unes sur les autres, d’autant plus fortement que les pressions extérieures sont fortes (impératifs de rendement, d’efficacité, de temps gagné, de divertissement). A la fin, comme un ballon trop gonflé, ça pète !

L’indifférence entre les hommes est en réalité une insensibilité à autrui, au mystère de sa présence. Cette insensibilité n’est pas naturelle. Elle conduit au meurtre. Elle est le fruit d’une négation de l’intériorité de l’homme, enfermant tragiquement ce dernier dans sa solitude, le vouant à l’extériorité, à l’agitation vaine, le coupant de lui-même et d’autrui.

Que faire ? A mesure humaine, rien ! Aucune campagne de sensibilisation, aucun arsenal de lois n’y changera rien, car le mal est intérieur. Comment retrouver le secret de la compassion, de l’attention à autrui, comment échapper à notre soliloque ?

Ce secret est divin. Il est celui de la vie de Dieu où le Fils est dans le Père et le Père dans le Fils, dans une communion si forte qu’elle est leur Amour en personne, l’Esprit Saint. Ce secret, le Christ nous le partage en cette fête de Pentecôte, en nous envoyant, d’auprès du Père, l’Esprit dont il a vécu, pour que nous soyons en lui et lui en nous. Pour qu’alors, étant les uns dans les autres, nous retrouvions la compassion. « Comme j’ai peine de votre peine », disait saint Vincent de Paul, et comme je me réjouis de votre joie, pourrions-nous ajouter…

Oui, viens Esprit Saint, restaure en nous la communion, établis-nous dans l’Unité vivifiante de la Bienheureuse Trinité !

Antoine Vidalin, vicaire