12 mars 2017 – 2ème dimanche de Carême

Bénédictions

Rachi, le grand rabbin de Troyes qui vécut au xie siècle, écrit dans son commentaire de la Genèse qu’un long voyage fait courir trois risques à celui qui l’entreprend : celui d’avoir moins d’enfants, celui d’avoir moins d’argent et celui de jouir d’une moins bonne réputation. C’est pour cela, écrit-il, qu’Abram a besoin de trois bénédictions par lesquelles Dieu lui promet enfants (« je ferai de toi une grande nation »), prospérité (« je te bénirai ») et bonne renommée (« je rendrai grand ton nom »).

Le récit de la vocation d’Abram et de son départ pour un pays qu’il ne connaissait pas nous donne de voir le Carême comme un long voyage de 40 jours par lequel nous courons les trois risques dont parle Rachi et que les cendres dont nous avons été couverts symbolisent : notre vie se révèle précaire et avec elle celle de notre descendance ; notre pauvreté s’étend quand nous nous délestons de nos biens superficiels jusqu’à donner certains de nos biens essentiels ; notre image et notre réputation descendent dans les profondeurs de l’humilité jusqu’à tendre à l’infâme quand nous nous identifions à tout homme pécheur par nos pénitences.

L’appel d’Abram éclaire également notre Carême par les trois bénédictions divines. Mieux, Jésus lui-même nous prend avec lui pour nous faire voir en lui l’aboutissement de notre pèlerinage sur la terre. Par lui, la promesse d’une grande nation prend corps dans la présence de Moïse et d’Élie et de tous les saints réunis dans l’Église. Avec lui, la promesse de la prospérité prend corps dans l’éclat du soleil sur son visage et de la lumière resplendissante de ses vêtements. En lui, la promesse d’une renommée bienheureuse prend corps dans la gloire du Fils bien-aimé qui nous associe à sa propre filiation.

« Soyez sans crainte » dit Jésus : avancez avec moi sur le chemin du Carême dans la pauvreté de la prière, le dépouillement de l’aumône et l’austérité du jeûne pour entrer avec moi dans la promesse du salut.

Abbé Alexandre Comte, vicaire