13 novembre 2016 – 33edimanche du temps ordinaire (année C)

 Persévérer

 Il n’y a pas de bon pain sans grain broyé  à la meule. Il n’y a pas de bon vin sans grappe foulée au pressoir. Nos palais sont saisis de plaisir. Ils ne perçoivent rien de la mouture ni du pressurage. Le pain et le vin ne sont-ils pas l’accomplissement du grain et de la grappe ? La meule et le pressoir un passage pour une transformation ?

Entendons ce que nous disent ces réalités familières. A leur échelle, elles nous indiquent le cheminement mystérieux du cosmos et de l’histoire. Le grain broyé n’est pas anéanti, mais transfiguré en pain nourricier. La grappe pressée n’est pas détruite mais orientée vers un état inconnu d’elle, une fermentation, un bouillonnement intérieur de joie. Épreuves transfigurantes. Accès à un terme, un état supérieur indiscernables dans l’état initial de grain ou de grappe.

Cet accomplissement, l’Ecriture le nomme « Jour ».  Le grain devenu pain est parvenu à son « Jour ». Ainsi de la grappe.  En ce « Jour », le résidu de la meule et du pressoir ne servent à rien. Ils sont rejetés. « Jugement », dit l’Ecriture. Le résidu est l’enveloppe. L’enveloppe du grain, qu’il soit de blé ou de raisin. L’enveloppe, c’était l’aspect visible, extérieur. La voilà rejetée.  Ne reste après la meule et le pressoir que la substance transformable, le bien intérieur appelé par cuisson et fermentation à devenir pain ou vin.

« Guerres, désordres, tremblements de terre, famines, épidémies », avertit Jésus. Préludes au « Jour du Seigneur ». Jour de jugement où les « arrogants » disparaîtront comme paille au feu. Épreuves par où la Création et l’Humanité, unis dans un même devenir de Gloire, passent pour atteindre leur terme, leur transfiguration. Tout le bien caché dans l’enveloppe actuelle du monde révélé et comme versé en Dieu sous la pression de l’Histoire où le mal et le péché semblent tout disloquer.  Le terme, l’accomplissement de la Création et de tout l’Histoire, c’est le Christ Ressuscité, distribué en pain et vin eucharistiques.

Nourrissons-nous de ce « Jour » au jour le jour. En travaillant dans le calme pour manger le pain que nous aurons gagné. Persévérons.

P. O’Mahony