15 janvier 2017 – 2e dimanche du temps ordinaire

Trois fois saints

Saint Paul écrit aux chrétiens de Corinthe. La salutation initiale a de quoi surprendre.  L’apôtre s’adresse  « à ceux qui ont été sanctifiés dans le Christ Jésus ». Et d’un. Aussitôt après il dit d’eux qu’ils « sont appelés à être saints ». Et de deux. Avant d’ajouter : « avec tous ceux qui, en tout lieu, invoquent le nom de notre Seigneur et le nôtre. » Et de trois.

S’ils ont déjà été sanctifiés, comment donc sont-ils appelés à être saints ? Ce qui est fait n’est plus à faire, dit le bon sens! Bon sens humain n’est pas Sagesse divine.

« Ceux qui ont été sanctifiés dans le Christ Jésus », ce sont les baptisés. Ils ont reçu le don de la Vie Nouvelle gratuitement, sans mérite de leur part. Les baptisés sont des graciés. Des libérés, désincarcérés de la carapace  du péché et de la mort : sanctifiés en Christ Ressuscité. Et d’un.

Que fait un libéré de sa liberté ? Il la prend en main et construit sa vie à partir d’elle. Libéré, il se sait convoqué, appelé à une vie libre. Que fait un baptisé de son baptême ? Il le prend en main et  construit sa vie à partir de lui : « Sanctifié dans le Christ Jésus », il a vocation à vivre en homme saint. Il sait qu’il est « appelé à être saint ». Il ne fait pas la sourde oreille comme s’il n’avait pas « été sanctifié ». Le baptisé est appelé à devenir ce qu’il est : saint de la sainteté du Christ qui l’a sanctifié au baptême. Et de deux.

Ce n’est pas tout ! Les baptisés sont « appelés à être saints », mais pas chacun dans son coin. « Avec tous ceux qui, en tout lieu, invoquent le nom de notre Seigneur Jésus Christ ». Uni au Christ par le baptême, ayant dès lors vocation  à la sainteté, le baptisé y parvient en s’établissant  dans la communion avec les autres baptisés. En s’insérant dans la vie de la communauté. En participant à son édification dans l’amour. La communauté des « sanctifiés dans le Christ Jésus » s’appelle l’Eglise. L’Eglise Sainte. On cultive des tomates hors sol, on ne cultive pas son baptême en apesanteur, sans lien à l’Eglise. Et de trois.

Non, saint Paul ne piétine pas le bon sens. Oui, soyons trois fois saints ! Alors tous les chrétiens seront « un ».

Père Patrick O’Mahony