29 janvier 2017 – 4e dimanche du temps ordinaire

À la folie

À la messe, les premiers rangs sont à ceux qui arrivent à l’heure ! Et l’on ne sait pas très bien d’ailleurs qui des premiers rangs ou des fidèles ponctuels imposent aux autres leur nombre. En tout cas, aucune place n’est gardée pour quelque paroissien important : l’assemblée chrétienne est un océan d’humilité. Nul ne peut devant Dieu se hausser au-dessus de ses frères en se prévalant de sa fortune, de son poste, de son titre de courtoisie ou de son diplôme, pas plus que de son âge ou de quelque autre distinction mondaine. L’église est le seul lieu où se réunissent volontairement des hommes et des femmes que la vie du monde tient éloignés par ailleurs : un grand patron et un petit employé ; un riche propriétaire et un pauvre qui n’a pas d’abri ; celui qui a fait de longues études et celui qui les a écourtées ou qui n’a pas eu la possibilité d’étudier. Telle est notre assemblée chaque dimanche.

Et cependant, malgré ces différences qui sont spectaculaires aux yeux du monde, tous ceux qui aiment Dieu et qui ont l’Église pour mère savent bien que la sagesse que le monde leur reconnaît n’est pas grand chose devant Dieu. Ils sont bien près, dans le secret de leur cœur, de reconnaître leur folie, leur faiblesse, leur petitesse sans que cela ne leur cause ni amertume ni tristesse. Au contraire, c’est une douce saveur qui réjouit leur âme. Elle est le fruit de la foi et de l’émerveillement devant Dieu qui a choisi la folie de la croix, la faiblesse de la souffrance, la modestie du charpentier, le mépris dans lequel on tient les enfants. Dieu a choisi de se faire tout petit comme ce qui n’existe pas aux yeux du monde : un petit enfant dans le ventre de sa mère.

L’humilité de la croix nous révèle celle de la crèche. Elle est celle que Jésus a choisie. Elle est en vérité la sienne et la nôtre. Nous qui n’étions rien dans la mort, il nous rachète à grand prix ; nous qui étions méprisés à cause de nos péchés, il nous sanctifie ; nous qui étions faibles devant le juge de nos vies, il nous justifie ; nous qui étions fous d’ignorer Dieu, il est notre sagesse. Comment alors ne pas être fou d’amour pour celui qui a livré sa vie pour chacun d’entre nous ?

Abbé Alexandre Comte, vicaire