La parole est au coronavirus

Nous poursuivons, cahin-caha, notre chemin de carême qui, chaque jour un peu plus, prend l’allure d’un samedi saint permanent : plus de liturgies, l’attente anxieuse d’une lumière, alors que toutes les activités pastorales et bien d’autres sont reportées sine die… Cette immobilité en crucifie beaucoup, en culpabilise d’autres (que faire ? que faire ?). Mais ce quatrième dimanche de carême, dit de Lætare, rappelle opportunément que nous devons rester dans la joie !

Au niveau naturel c’est ridicule car il n’est pas dans la nature de l’homme d’être confiné, de jeûner de tout contact physique avec l’animé ou l’inanimé ! Ne reste qu’à trouver la joie cachée dans l’épisode viral. Cette vraie joie ne peut être que spirituelle, fruit d’une révélation que l’événement porte en lui-même. L’acte de foi qu’il faut poser c’est de se dire que Dieu utilise toujours le meilleur moyen pour nous remettre dans l’axe de notre vie profonde.

Moyen inattendu et dérisoire qui nous plonge, d’abord, dans l’impuissance qui consiste à obéir à la loi, aux contraintes drastiques, à ce que nous n’aurions certainement pas choisi de nous-même. Alors ne faisons pas obstacle aux desseins du Seigneur en tentant de reprendre les choses en mains trop vite et sous le même mode qu’avant, comme Pierre qui voulait empêcher le Christ de monter à Jérusalem pour y souffrir sa passion. Il croyait être à ce moment-là un bon serviteur, ayant le souci de sauver Dieu et une certaine paix comme on sauve son entreprise… Mais il s’est fait traiter de Satan, ce n’est pas rien !

L’évangile de ce dimanche, celui de la guérison d’un aveugle de naissance (Jn 9, 1-41), pointe sur nos propres aveuglements : nous croyons voir alors que nous sommes diablement enténébrés. Tel a été le cas des détracteurs de Jésus qui iront jusqu’à refuser l’évidence d’une guérison miraculeuse parce qu’ils lient la cécité naturelle à un péché immémorial. Or cette cécité était « pour que les œuvres de Dieu se manifestent en lui ». Il y a donc bien plus terrible que la cécité de naissance : il y a la cécité acquise, celle qui, individuellement ou socialement, fait entrer dans les ténèbres, tranquillement : le progressisme se réclame des Lumières…

Et voilà qu’un minuscule virus, invisible et primesautier, vient faire jaillir une lumière inattendue – sauf pour les prophètes – sur l’état réel du monde.

Quand on ne veut pas entendre la voix du Seigneur qui parle à travers ses disciples et d’autres, alors « Les pierres crieront » (Lc 19, 39) dira Jésus, pleurant sur la ville qui l’a rejeté et qui sera rasée. La pierre symbolise la vérité divine immanente dans la création. Quand le mensonge entre dans la loi, quand on dénie au fœtus le statut d’être humain, quand on estime qu’un enfant n’a pas besoin de père, que tout est financiarisé, etc. alors rien d’étonnant à ce qu’un virus en forme de couronne sorte du trésor de l’inconnaissable pour nous juger.

Ainsi, potentiellement, l’épidémie actuelle est-elle « pour que les œuvres de Dieu se manifestent ». Mais du potentiel à la mise en acte il y a l’abîme de la liberté…

                                                                                    P. Jean-Claude Hanus