« RETOUR À LA NORMALE »

En ce temps de grève, cette expression serait synonyme de paradis, même si elle est proclamée de façon criarde dans ces haut-parleurs grésillants de nos quais de métro. Nous aimerions tous un retour à la normale.

Mais ce que nous espérons tant pour les transports ne doit pas être le cas pour notre vie spirituelle. Certes, nous avons quitté le temps de Noël, et nous voilà dans le temps ordinaire, caractérisé par la couleur verte des habits liturgiques. Mais le temps ordinaire est-il un retour à la normal, poussant le chrétien à vivre dans la nostalgie de Noël ? Question légitime si nous le concevons dans un sens négatif, c’est-à-dire synonyme de « quelconque », de « banal », de « métro (quand il y en a), boulot, dodo ». Une telle vision du temps ordinaire, serait d’une sécheresse spirituelle immense, voir une acédie dévastatrice. Il me faut réaffirmer, au risque de vous décevoir, que les autres temps liturgiques (Avent, Noël, Carême, Pâques) n’ont pas le monopole du progrès spirituel.

A chaque période sa spécificité, à chaque période ses grâces.

C’est le temps où nous pouvons profiter pleinement des richesses de la liturgie, les approfondir et les ruminer, pour qu’elles produisent en nous tous leurs fruits. Ce temps ordinaire nous offre l’occasion de laisser descendre en nos cœurs tout ce dont les temps forts nous ont comblés. Il ne faut donc pas le considérer comme un « temps mort », mais plutôt comme un temps vivant, que la couleur verte nous rappelle, couleur de la croissance et de la vitalité. Si les temps forts peuvent être considérés comme ceux des semailles, le Temps ordinaire est celui de la croissance, en nos existences, des richesses semées à Noël et à Pâques.

Une chose est sûre, le temps ordinaire constitue un défi d’envergure pour le chrétien. Il est prophétique d’affirmer de manière heureuse la fécondité de l’ordinaire et du quotidien, dans une culture ambiante qui valorise l’événementiel et ignore la vertu de persévérance (voire même, et j’ose le dire, de fidélité). Pendant le temps ordinaire, il ne s’agit pas de vivre dans un ronronnement spirituel, mais au contraire d’avoir cette même disposition de cœur que Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus qui disait : « J’ai choisi l’amour du Seigneur en chaque chose ordinaire, alors je mettrai tant de cœur à les rendre extraordinaire ».

                                                                                                                                                                                                                                                           Père Bruno de Mas Latrie